Notre analyse macroéconomique
Les préoccupations relatives à l'inflation qui s'étaient manifestées au cours du mois de mai se sont confirmées en juin. En conséquence, les banques centrales ont progressivement mis l'accent sur les risques d'une accélération durable des prix à la hausse.
Ce changement d'orientation et de comportement n'a pas simplement été le fait des autorités monétaires des pays industrialisés. Celles des pays émergents ont aussi adopté un biais restrictif afin de ne pas laisser l'inflation s'installer. Dans le raisonnement des banquiers centraux, croissance et inflation ne font jamais "bon ménage" et l'expérience suggère que la maîtrise de l'inflation est souvent un préalable à une amélioration des perspectives d'activité.
L'accélération des prix à la consommation a débuté à l'automne dernier mais s'est accentuée au printemps. Elle résulte essentiellement de la hausse du prix des matières premières. Ainsi en zone Euro, le taux d'inflation de 3,7 % en mai s'explique pour 1 % par la hausse du prix des produits alimentaires, pour 1,35 % par celle de l'énergie et pour 1,35 % par celles des autres biens et services.
La progression rapide et durable du prix des matières premières (au-delà de ce qui était attendu) a poussé à la remontée sensible des prévisions d'inflation pour l'ensemble de l'année 2008, justifiant le durcissement de ton des politiques monétaires. L'action des banques centrales est cependant différente de part et d'autre de l'Atlantique. La BCE a annoncé, puis remonté, son taux de référence début juillet tandis que la Fed adoptait une stratégie moins immédiate.
La raison principale de cette différenciation est le positionnement distinct de chacune dans le cycle économique, notamment en ce qui concerne le marché du travail. Aux Etats-Unis, la situation est plus avancée et les tensions sur l'emploi se sont fortement réduites depuis le début de l'année. Dès lors, le risque de propagation de la hausse des prix à la consommation vers les salaires est plus réduit qu'en zone Euro, où ces tensions ne se dissipent que progressivement. C'est ce point qui préoccupe Jean-Claude Trichet et la BCE.
Sur l'activité économique, la situation en Europe s'est assez nettement dégradée. L'impulsion en provenance des exportations s'affaiblit progressivement en phase avec une dynamique globale moins porteuse. De plus, la demande des ménages continue de se dégrader car leurs anticipations se détériorent très rapidement. Le repli du marché de l'immobilier peut accentuer cette tendance. Aux Etats-Unis, la situation du deuxième trimestre est "sauvée" par le rabais d'impôts qui s'étend sur mai et juin. Cela a permis de soutenir la consommation en dépit d'une situation immobilière fragilisée chaque mois davantage. Autre point important : il n'y a pas de rupture dans l’attitude des entreprises, même si elles sont plus prudentes et plus attentistes. Cela permet de maintenir une certaine dynamique globale. Dans les pays émergents, la progression de l'activité se stabilise. Elle pourrait ralentir encore sous la contrainte résultant de politiques monétaires plus restrictives.
Notre analyse des marchés
Au cours du mois de juin, l'évènement le plus marquant a été l'annonce surprise de la BCE le 5 juin : elle a déclaré vouloir relever son principal taux directeur. Relèvement effectif dès la réunion du 3 juillet : le taux de la BCE est passé à 4,25 %, alors qu'il était stable à 4 % depuis le 13 juin 2007.
Le marché monétaire
L'annonce surprise de la BCE a provoqué de nouvelles tensions sur les taux interbancaires de la zone Euro. Néanmoins, les indicateurs de liquidités sur le marché monétaire de la zone Euro ne se sont pas dégradés et une légère amélioration a même pu éventuellement être observée. Aux Etats-Unis, la situation sur le marché monétaire est restée plutôt tendue. Il n'y a pas de réelle "détente" constatée, alors même que la Fed ne bougera pas son taux d'intérêt de référence dans les prochaines semaines. L'Angleterre se trouve dans une situation similaire.
Le marché obligataire
En zone Euro, la courbe des taux de rendement s'est aplatie très rapidement après l'annonce de Jean-Claude Trichet. Cela reflète, dans une certaine mesure, la crédibilité de la politique menée par la BCE : les opérateurs considèrent que l'inflation sera maîtrisée à terme. Par conséquent, il n'est pas nécessaire d'intégrer une prime d'inflation excessive sur les taux d'intérêt de long terme. En revanche, la partie courte de la courbe (le taux des obligations à 2 ans) s'est nettement relevée en phase avec les anticipations de durcissement sur la politique monétaire. Ce mouvement d'aplatissement a été marqué en Angleterre également. En zone Euro comme en Angleterre, l'écart entre les taux 2 et 10 ans s’est réduit. Aux Etats-Unis, ce même écart a diminué mais reste encore élevé en raison de la politique de taux bas menée par la Fed.
Le marché actions
La résurgence d'un risque bancaire fort aux Etats-Unis et la recrudescence du risque inflationniste ont eu raison des marchés d'actions au cours du mois de juin. Ce regain d'aversion au risque a incité à la prudence, d'autant que les résultats attendus pour les entreprises paraissent encore un peu élevés par rapport à la dégradation de la conjoncture.
Le marché des changes
Une relative stabilité des parités peut être notée. Les incertitudes sur les politiques monétaires n'engendrent pas de mouvements spectaculaires sur les devises.
Matières premières
D’importantes tensions perdurent sur le pétrole. Les risques sur l'inflation pourraient à nouveau renforcer l'intérêt pour l'or.
achevé de rédiger le 12/07/2008.